| Les
grands joueurs brésiliens - vrais maîtres à
bouger - affirmaient paradoxalement : « c’est
au ballon de courir , pas à l’homme ».
Parmi tant d’écrans et tant d’effets spéciaux
dans les salles d’art contemporain j’ai parfois
la nostalgie des œuvres statiques/extatiques,
qui font appel à un regard contemplatif et je me demande
alors si ce ne serait pas davantage à l’esprit
de courir qu’à l’œuvre.
Certes, la société change et l’art évolue
; des technologies nouvelles engendrent des septièmes,
huitièmes , énièmes arts, mais ces nouvelles
formes de communication sont autre chose que l’art plastique.
A trop vouloir incorporer des ressources du cinéma,
de la musique, du théâtre, celle ci risque d’oublier
ses propres fondements et sa spécificité. Elle
risque de jeter le bébé avec l’eau du
bain.
Ou est donc passé l’acte de contempler, cet attitude
du regard et de l’attention qui depuis des millénaires
permet à un support matériel immobile de porter
du sens ?
Ou sont donc passés ces objets magiques, ces concentrés
d’idées, de sentiments, de vécus ? Objets
grands ou petits, bi ou tridimensionnels qui par la seule
action de notre regard et de notre attention se convertissent
en lucarnes à travers lesquelles le monde apparaît
sous un jour nouveau.
Peut être semblent-ils disparus parce que nous ne les
regardons plus.
Sous la déferlante d’images de toute sorte que
le monde actuel nous impose, notre regard, devenu trop pressé
et trop utilitaire, ne voit plus. Nous identifions, nous décodons,
nous lisons les images, mais nous ne les contemplons pas.
Dans ce « tout marché » d’aujourd’hui
le musée est devenu un super-marché de plus
et noyée dans le vacarme, l’œuvre d’art
ne peut pas s’offrir à une rencontre intime.
Ne fermons nous pas les yeux pour mieux apprécier la
musique ?
Ne cherchons nous pas le silence pour nous concentrer sur
un texte ?
De même, si nous voulons avoir un vrai échange
avec une œuvre d’art, nous devons lui consacrer
un regard actif et une attention concentrée. Il nous
faut prendre le temps et faire à l’intérieur
de nous une place pour la recevoir.
L’œuvre alors répondra. Nous la verrons
bouger , vibrer et se remplir de vie. Elle dévoilera
ses analogies, ses rimes et ses rythmes. Irradiant son énergie
elle transformera l’espace qui l’environne. Sollicitant
autant notre corps que notre pensée, elle nous conduira
davantage à la méditation qu’à
la réflexion et fera du temps sa quatrième dimension,
résonnant avec des passés lointains et avec
l’avenir, pour nous plonger dans ce temps qui lui est
propre : ce temps hors du temps ; ce temps arrêté
qui défie l’éphémérité
de la vie.
Comment un artiste contemporain parmi ses contemporains peut-il
capter le regard et l’amener à une attitude contemplative
envers l’œuvre d’art ?
Voila ma quête. Voila ce que je cherche dans mes sculptures
, mes peintures, et jusque dans mes vidéos. Vidéos
qui sont des tableaux animés tendant vers l’immobilité
par le biais d’un temps cyclique et d’une saturation
d’informations dans chaque image .
Quand je représente les langages corporels brésiliens,
sujet central dans mon travail, gestes, postures, et donc
mouvement, la représentation est immobile. Mais à
l’opposé de la photo qui fige une fraction de
seconde, ici plusieurs instants se superposent, laissant transparaître
la genèse, le développement et l’aboutissement
du geste . Geste observé mais aussi compris de son
intérieur, car mon propre corps l’a éprouvé
et s’en souvient. Geste indissociable de ma façon
d’être et de voir… brésiliennes…noires
et indiennes autant que blanches, et que les maîtres
a bouger de ma culture métisse perpétuent, transmettant
de génération en génération l’art
de faire courir le ballon … et l’esprit.
Je vous propose au delà de ce site Internet de rencontrer
mes œuvres et de prendre votre temps lors d’expositions
ou à mon atelier. |